Construire un cadre de références pour le débat
et l'initiative autogestionnaires en Europe

 

L'altermondialisation c'est contester, avec des contenus et des formes multiples, le monde où nous vivons ; c'est aussi nécessairement, dans le même moment et dans la même dynamique, concevoir, expérimenter, construire, de nouveaux rapports sociaux, de nouvelles institutions.

 

La globalisation marchande, financière et politique, en même temps qu'elle étend et très souvent aggrave les  exploitations et les dominations, développe les contradictions et bien malgré elle fait apparaître d'autres possibles. Mais de ceux-ci, on ne peut dégager d'autres perspectives qu'en tenant compte des luttes d'émancipation antérieures, de leurs avancées, de leurs passifs. Il y a donc une double obligation, aux utopies concrètes, à l'innovation. En s’interrogeant, comme en son temps le fit Henri Lefebvre :
« La première tâche de la théorie ne serait-elle pas aujourd'hui de réhabiliter la spontanéité ? » ("Autogestion" n°1 - Déc. 1966). Militants et intellectuels n’ont-ils pas constamment tendance à minorer le rôle de celle-ci, dans le mouvement complexe de l'histoire ? Or la question est plus pertinente que jamais. Car c'est dans cette spontanéité qu'aujourd'hui l'histoire retrouve un sens, c'est-à-dire signification et perspectives.

 

L'invention à Porto Alegre de "la démocratie participative" en est une précieuse démonstration. Cette innovation eut des conditions particulières : faible légitimité des pouvoirs ayant succédé à la dictature militaire ; incohérences entre les institutions politiques et les évolutions de la formation sociale ; dialogue entre des communautés de quartier structurées et un nouveau parti populaire et "radical"… Mais l'écho qu'elle a trouvé dans d'autres pays et d'autres continents, démontre qu'elle répond aussi à des déterminations plus générales. Dans quelle mesure, les conditions économiques, sociales, écologiques, institutionnelles, idéologiques en Europe permettent d'envisager un mouvement comparable ? Quelles réflexions suscitent les premières expériences de "démocratie participative" engagées sur ce continent ? S'agit-il d'une amélioration de la démocratie de délégation ou de l'ébauche d'une nouvelle forme, d'une nouvelle culture démocratique ? Ici comme ailleurs le processus peut-il se développer sans ruptures institutionnelles ?

 

Après le Brésil, c'est en Argentine, que la coopérative a, dans ces dernières années, retrouvé son importance, comme moyen de défense et de lutte. C'est une réponse immédiate, pragmatique, à la logique du profit, qui d'un pays, d'un continent à l'autre, met en concurrence les travailleurs ; les condamnant, ici au chômage et là, à des salaires de misère. La coopérative esquisse l'autogestion dans la production des biens et des services. Le cynisme, la brutalité des financiers, lui donne une pertinence nouvelle. D’autant que dans nombre de pays, la coopérative est restée le recours lorsque la contrainte patronale se fait trop lourde, dans des métiers anciens ou nouveaux.

Mais, aujourd'hui, la coopération, condition de plus en plus nécessaire à la production des biens, des services et des savoirs, ouvre à la coopérative de nouvelles perspectives. Signe encore modeste de l'aspiration permanente des salariés à l'autodétermination, la coopérative de production, dit aussi qu'une autre société est possible ; notamment lorsque ses structures gomment les hiérarchies. Ne contribue-t-elle pas alors à cette nouvelle culture démocratique que nous appelons de nos vœux ?

 

Ainsi des luttes, des expériences, des conquêtes manifestent non seulement la permanence, mais aussi le renouveau des aspirations à l'autodétermination, à l'autogestion. Il ne s'agit nullement d'une nostalgie passéiste, c'est le produit d'une nouvelle situation. La mondialisation capitaliste réanime d' anciennes contradictions et en provoque de nouvelles.

Or s'il existe de nombreux espaces de débats, dans lesquels les événements conduisent à interroger les thèses anciennes, peu s'aventurent à innover, à dégager les avenirs possibles, peu se consacrent au "projet". Quand ils le font, c'est en termes généraux et dans un vocabulaire "scientifique", ésotérique pour un grand nombre. Certes, aux uns et aux autres, à nous mêmes, le siècle écoulé a enseigné la prudence. Mais il faut maintenant en sortir et rependre l’initiative.

 

Sans prétendre à quelques-uns et en quelques heures, remplir une telle tâche, nous pouvons néanmoins l'esquisser. Si ce séminaire donne un cadre de références pour le débat et l'initiative autogestionnaires en Europe, nous aurons posé un premier jalon.

 

ateliersautogestion@wanadoo.fr