Mais les questions de fond restent devant nous : la "moralisation" du capitalisme fait l'impasse sur l'osmose réalisée par le capitalisme néo libéral, depuis un quart de siècle, entre production et financiarisation, et les facteurs qui ont provoqué l'implosion du système aux Etats Unis restent entiers.

Les 2.000 milliards que les gouvernements européens et etatsunien sont prêts à mobiliser pour sauver les banques, l'affirmation que les nationalisations de banques auxquelles ces gouvernements ont dû procéder ne sont que temporaires, indiquent bien que seules d'éventuelles corrections à la marge pour sauver le système sont envisagées.

Il sera difficile de retrouver rapidement pour les professionnels de la City les 21, 6 milliards d'euros de bonus distribués en 2007, et si les parachutes peuvent devenir un temps moins dorés, l'agitation des sphères politiques et économiques relève avant tout du classique "tout changer pour que rien ne change".

La crise financière n'est pas terminée, quelques dominos du système bancaire sont fragiles, la crise économique et la crise sociale vont s'amplifier.

La situation actuelle nous donne quelques points d'appui dans la bataille idéologique contre le néo-libéralisme : il va être difficile de vendre à la société française les retraites par capitalisation, la privatisation de la Poste, ou les crédits hypothécaires comme voie royale pour une France de propriétaires.

Reste à savoir qui va payer la crise, à empêcher qu'elle conduise à relativiser l'urgence écologique au nom du sauve-qui-peut économique, et à porter à une échelle de masse les alternatives au néo-libéralisme.
Le pouvoir a déjà annoncé la "poursuite des réformes", l'Union Européenne donne toujours la priorité au libéralisme, le Capital va accentuer sa pression pour un partage toujours plus inégalitaire des richesses. Les résistances sociales parcellaires, qui parfois se fédèrent pour jeter des dizaines de milliers de personne dans la rue comme le 19 octobre, doivent déboucher sur une mobilisation d'ensemble.

Pour lui donner sens et perspective, les forces sociales et politiques peuvent se retrouver pour briser la spéculation financière, notamment en contrôlant des flux de capitaux et en développant un fort secteur bancaire public sous contrôle populaire, affecter les gains de productivité à la réduction du temps de travail et à la hausse des salaires, mettre en place un "bouclier social", mettre tous les biens communs (santé, éducation) et éléments essentiels à la vie (air, eau, ressources non renouvelables) à l'abri de la marchandisation, faire de la souveraineté alimentaire un droit pour tous les peuples, mettre en place des programmes  volontaristes d'économies d'énergie et de transports collectifs. Nous devons nous appuyer sur les leçons de la crise actuelle pour renforcer le combat pour l'émancipation.


Jean-Jacques Boislaroussie